5. La guerre chez Ibn ‘Arabî: une «technique ascétique»
En réalité, les soufis ont su garder l’art de la guerre tel qu’il a été élaboré et
mis en oeuvre dans les expéditions militaires. Ce sont les mêmes techniques,
mais ce ne sont pas les mêmes cibles, ni les mêmes objectifs. Comme nous
l’avons écrit précédemment, le jihâd se focalise, dans la tradition mystique, sur
l’intériorité de l’âme. On notera d’ailleurs que le chapitre 76 des Futûḥât est suivi
par le chapitre 77 sur l’abandon du combat (tark al-mujâhada), un abandon
qui signifie plutôt dépassement. Dans ce chapitre, Ibn ‘Arabî rappelle l’idée
principale que le véritable combattant est Dieu qui apparaît par sa théophanie
(yatajallâ) sous la forme humaine des antagonistes. Il y a là comme une sorte de
sympathie universelle qui déborde les individualités adverses pour les fondre
dans l’unité transcendantale de Dieu. La référence d’Ibn ‘Arabî est le verset «Et
c’est à lui que revient l’ordre tout entier» . Dieu est pour ainsi
dire l’ultime refuge vers lequel tous les êtres, si disparates qu’ils soient, reviennent.
L’âme figure parmi ces êtres et son retour à Dieu serait heureux si c’est une
âme apaisée (nafs muṭma’inna) d’après les versets 27 et 28 de la sourate 89
(al-Fajr):
«Ô toi, âme apaisée, retourne vers ton seigneur, satisfaite et agréée»