Seul Dieu a le pouvoir d’ôter les voiles de vos yeux, et vous ne trouverez pas de réponses ici, à moins qu'Il ne le veuille.

15 août 2023

L'assignation existentielle dans le verbe de 'UZAYR



 1. Sache que le Qada est le Décret d'Allah sur les choses2. 

Le Décret d'Allah sur les choses est défini par la science extérieure et intérieure qu'il en a. La science d'Allah dans les choses Lui. est conférée par ce que celles-ci3 sont en elles-mêmes.

Le Qadar est la détermination du moment (de leur existenciation)  selon ce qu'impliquent leurs essences immuables4, sans rien y ajouter. Le Décret ne décide au sujet des choses que par elles-mêmes : telle est l'essence du Secret de la prédestination pour celui qui est doué d'un cœur ou qui prête l'oreille et qui est témoin5 ; et à Allah appartient la preuve décisive6. "Celui qui décide" "suit" en réalité le cas (qui lui est soumis) en vertu de ce qu'implique l'essence de ce dernier, de sorte que l'objet de la décision est, par ce qu'il renferme, le juge de son juge, qui le juge d'après cela. Tout juge, quel qu'il soit, est donc jugé par la décision qu'il prend : (à la fois) par la nature et par l'objet (de cette décision). Réalise ce point (de doctrine) car la prédestination est ignorée uniquement à cause de l'intensité de sa manifestation : elle n'est pas connue, et les demandes et les supplications à son sujet sont nombreuses. 

1. Qadariyya. Le mot qadar évoque la Puissance divine en tant qu'elle régit l'existence des êtres ; il implique, d'une part, l'idée de décision et d'application dans le domaine des activités conditionnées et, d'autre part, l'idée complémentaire de détermination et de "mesure" de ce qui revient en propre à chacun. D'où le choix du terme "assignation" qui comporte à la fois le sens de jugement et celui d'attribution à chaque être de ce qui lui revient. Nous avons conservé la traduction habituelle "Secret de la prédestination" pour rendre l'expression "sirr al-qadar". 

2. Ft-l-ashya ; littéralement : dans les choses. Le choix du pronom souligne le caractère immuable et décisif du Décret. 

3. Littéralement : les objets de Sa Connaissance. 

4. Ma hiya 'alay-hi al-ashya . Cette version est confirmée par Jâmî "d'après le texte (des Fusûs) qu'il reçut en présence du Cheikh (al-Akbar)". 

5. Cor.,50,37. Ce verset a été cité à propos du Verbe de Shu'ayb. 

6. Cor.,6,149. Ce verset a été cité à propos du Verbe de Sâlih.


2. Sache que les envoyés - qu'Allah répande sur eux Ses Grâces unitives ! - en tant que tels, non en tant qu'ils sont des saints et des Connaissants, occupent des degrés correspondant à ceux de leurs communautés, car la science qu'ils transmettent est à la mesure des besoins de la communauté dont ils ont la charge, ni plus ni moins. Or, les communautés sont douées d'excellence les unes par rapport aux autres7. 

Par là-même, les envoyés se distinguent hiérarchiquement dans la science relative à leur fonction, selon la Parole du Très-haut : Ces envoyés, Nous avons établi l'excellence de certains par rapport aux autres8; tout comme ils se distinguent aussi - sur eux la Paix ! -, pour ce qui concerne les sciences et les statuts propres à leur être, à la mesure de leurs prédispositions principielles. C'est Sa Parole : Nous avons établi l'excellence de certains prophètes par rapport aux autres9. Enfin, le Très-Haut a dit au sujet des créatures : Allah a établi l'excellence de certains d'entre vous par rapport aux autres dans la nourriture10. La nourriture qui vient de Lui peut être spirituelle, comme quand il s'agit de sciences, ou "matérielle"11, comme quand il s'agit de nourritures corporelles ; mais (dans tous les cas) Dieu la fait descendre uniquement selon une mesure connue12 qui est ce que la créature Lui demande comme lui revenant de droit, car Allah confère à toute chose sa création13. Il la fait descendre à la mesure de ce qu'il veut ; et II ne veut que ce qu'il sait, décidant en conséquence ; et II ne sait, comme nous l'avons dit, que ce que Lui confère par lui-même14 l'objet de Sa science. 

7. La communauté islamique est la meilleure de celles qui ont été existenciées pour les hommes (cf. Cor.,3,110). L'excellence de l'Envoyé d'Allah réside dans le fait qu'il est le seul rasûl envoyé, non à un peuple déterminé, mais bien à l'ensemble des hommes. 

8. Cor.,2,253. 

9. Cor.,27,55. 

10. Cor.,26,71. 

11. Littéralement : appartenant à l'ordre sensible. 

12. Cor.,25,21. C'est-à-dire : connue de Lui. 

13. Cor.,20,50. "Sa création" : c'est-à-dire la part qui lui revient en propre au sein de la manifestation. 

14. Min nafsi-hi. Cet ajout ne figure que dans un seul manuscrit.



3. La détermination du temps appartient fondamentalement à cet objet. Le Décret, la Science, la Volonté existenciatrice, la Volonté productrice15 "suivent" la prédestination. 

Le Secret de la prédestination fait partie des sciences les plus sublimes. Allah le Très-Haut n'en donne la compréhension qu'à celui qu'il a élu par la connaissance parfaite. La science qui s'y rapporte confère la béatitude16totale à celui qui la possède, et elle lui confère aussi le châtiment douloureux : elle confère ces deux contraires. 

Par ce secret, Dieu S'est décrit au moyen de la colère et de la satisfaction. L'opposition des Noms divins s'opère par lui. C'est un principe17 qui régit la réalité absolue et la réalité conditionnée. Rien ne peut le surpasser en perfection, en force et en immensité, car son pouvoir est universel, illimité et limité18. 

4. Comme les prophètes - qu'Allah répande sur eux Ses Grâces unitives ! - ne reçoivent leurs sciences qu'à partir d'une inspiration divine spéciale, leurs cœurs sont purs de toute spéculation, car ils savent que l'intellect créé, qui est la source de la spéculation rationnelle, est impuissant à saisir les choses dans leur réalité véritable. Les données traditionnelles sont également insuffisantes pour saisir ce qui ne peut s'obtenir qu'au moyen du "Goût"19. La science parfaite demeure uniquement dans les théophanies et dans le dévoilement que Dieu accorde aux regards subtils et aux regards "sensibles" de sorte que les choses sont perçues : immuables et éphémères, non-manifestées 

15. Mashî'a, par opposition à irââa (Volonté existenciatrice). Sur le sens de ces deux termes, cf. Les sept Etendards, chap. VII. 

16. Râha. Littéralement : "le repos" ; cf. supra, notre commentaire du chapitre VIII. 

17. Haqîqa. 

18. Li-'umûmi hukmi-hâ al-muta addî wa-ghayra muta'addî. Littéralement : celui qui "passe" (du domaine de la manifestation à l'ordre principiel) et celui qui ne "dépasse" pas (le premier) ; c'est-à-dire celui qui se rapporte à Dieu et celui qui se rapporte aux créatures. 

19. Il s'agit du Goût initiatique qui est une connaissance immédiate (cf. L'Esprit universel de l'Islam, chap. VII ). Il est remarquable que le terme "sagesse" dérive d'une racine indo-européenne qui a, fondamentalement, le sens de "saveur" et de "goût".


et douées de réalité actuelle, impossibles, nécessaires et possibles, suivant les vérités essentielles et les déterminations qu'elles comportent. 'Uzayr demanda selon la voie spéciale20. C'est pourquoi il s'attira le blâme, ainsi que la Tradition le rapporte21 ; s'il avait demandé plutôt le dévoilement (initiatique) que nous venons de mentionner, peut-être n'en aurait-il encouru aucun. 

Le signe de la pureté de son coeur22, c'est sa parole, (du moins) dans certaines façons de la comprendre23: Comment Allah vivifiera-t-Il ceci après sa mort ?24. Selon nous25, la forme (spirituelle) qu'il a revêtue - sur lui la Paix ! - quand il a prononcé cette parole est comparable à celle qu'a revêtue Ibrâhîm - sur lui la Paix ! - lorsqu'il a dit : Mon Seigneur fais-moi voir comment Tu vivifies les morts !26. Cela27 entraîna comme réponse l'acte que Dieu manifesta en lui selon Sa Parole: Allah le fit mourir pendant cent ans, puis II le ramena à la vie et lui dit : Regarde les ossements28, comment Nous les réanimons et les revêtons de chair29. ('Uzayr) put ainsi voir directement comment se réalise la croissance des corps. (Dieu) 

20. On peut comprendre, soit qu'il s'agit de la voie spéciale réservée aux envoyés et aux prophètes législateurs (par référence à l'inspiration divine spéciale mentionnée à l'alinéa 1), soit qu'il s'agit de la Voie spéciale réservée à Dieu (par référence à la Connaissance divine privilégiée mentionnée à l'alinéa 3). L'une ou l'autre de ces deux interprétations prévaudra selon le sens que l'on donne à la demande de 'Uzayr formulée au début de l'alinéa 3. 

21. Allusion au hadîth commenté à partir du paragraphe 6. 

22. A l'égard de la spéculation rationnelle, ainsi qu'il a été dit dans le premier alinéa. 

23. Fî ba'd al~wujûh ; littéralement : dans certains aspects. Bâlî y voit une allusion au fait que certains commentateurs du Coran attribuent cette parole à d'autres qu'à 'Uzayr, notamment à Khidr. Jâmî envisage également cette possibilité, mais pense plutôt qu'il s'agit de l'interprétation ésotérique qu'Ibn Arabî va proposer, opposée au point de vue exotérique selon lequel la forme interrogative serait ici l'expression d'un étonnement, et par conséquent d'une ignorance. 

24. Cor.,2,259. 

25. Pour Qâchânî et Nâbulusî, il faut comprendre qu'il s'agit des "Gens d'Allah". 

26. Cor.,2,260. C'est le verset qui suit immédiatement celui où figure la parole de 'Uzayr. Pour Nâbulusî, la similitude du sens de ces deux paroles explique leur succession dans le Coran. 

27. C'est-à-dire la manière dont 'Uzayr s'était exprimé. 

28. C'est-à-dire les ossements de ton âne. 

29. Cor.,2,259.


lui montra un "comment"30, alors qu'il avait posé une question au sujet de l'"assignation existentielle" qui ne peut être perçue que par un dévoilement des choses (telles qu'elles sont) dans l'état principiel de non-manifestation. Cela ne lui fut pas accordé, car c'est là une Connaissance divine privilégiée ; il est impossible que nul en ait la science en dehors de Lui. Il s'agit, en effet, des "clés principielles"31, je veux dire les clés de l'Invisible qu'il est seul à connaître32. Cependant, Allah peut montrer à celui qu'il veut d'entre Ses serviteurs33 certaines de ces choses. 

5. Sache que (les principes des choses) ne sont désignés comme des "clés" qu'au moment de T'ouverture"34; et que le moment de l'ouverture est celui où s'opère l'existenciation de ces choses ; tu peux dire aussi, si tu veux, le moment où la Puissance divine35 s'applique à son objet. Cela, nul autre qu'Allah ne peut en avoir le Goût. Aucune théophanie, aucun dévoilement intuitif ne peuvent survenir en ce domaine. La Puissance ("assignatrice") et l'Acte (existenciateur) appartiennent à Allah exclusivement car c'est Lui qui possède la Réalité absolue et inconditionnée. 

Du simple fait que nous voyons le blâme que Dieu lui infligea - sur lui la Paix ! - au sujet de sa demande relative à l'assignation existenciatrice, nous pouvons déduire qu'il avait sollicité ce privilège ; qu'il avait demandé pour lui une puissance s'appliquant à son objet. Or, seul Celui qui possède la Réalité absolue est capable (d'une telle puissance) : il avait demandé ce 

30. Sous-entendu : tout comme 11 l'avait fait aussi en réponse à la demande d'Ibrâhîm. 

31. Al-mafâtîh al~mvioal. 

32. Cor.,6,59. 

33. Expression fréquente dans le Coran. Certains commentateurs de ce chapitre citent ici cet autre verset : Connaisseur du Mystère ; Il ne montre Son Mystère à personne, à l'exception d'un envoyé qu'il agrée... (Cor.,72,26-27). 

34. Fath, de la même racine que mafâtîh (clés). Comme la manifestation est contingente, la fonction des clés l'est aussi. 

35. Al-qudrat al-iWiiyya.


dont aucune créature ne peut avoir le goût36 alors que la science des "comments" ne peut être obtenue que de cette fa-çon37. 

6. Quant à ce qui nous a été rapporté38 comme faisant partie de ce qu'Allah lui a inspiré : "Si tu ne cesses pas, J'effacerai ton nom du Registre de la Prophétie", cela signifie : « Je te priverai de la Voie des Notifications divines et Je te donnerai (la connaissance) des choses par (la Voie) de la théophanie car la théophanie ne s'opère que par ta propre prédisposition à percevoir selon le Goût initiatique ; tu sais donc que tu perçois uniquement à la mesure de ta prédisposition. Considère ce (secret) que tu as demandé ; si39 tu ne le vois pas, tu sais (par là-même) qu'il n'y a pas chez toi la prédisposition que tu recherches40 car celle-ci fait partie des privilèges de l'Essence divine. Tu sais bien qu'Allah a conféré à toute chose sa création41 . S'il ne t'a pas conféré cette prédisposition spéciale, c'est qu'elle n'est pas "ta création" car, si elle l'était, Dieu, qui a révélé qu'il "conférait à toute chose sa création", te l'aurait donnée. C'est donc toi, à partir de toi-même, qui mets fin à une demande de ce genre. Tu n'as aucunement besoin pour cela d'une défense divine ! » 

Cette menace était (en réalité) une marque de la sollicitude d'Allah à l'égard de 'Uzayr - sur lui la Paix ! Ceci est su de ceux qui le savent et ignoré de ceux qui l'ignorent. 

7. Sache que la Sainteté est la sphère universelle qui englobe (le tout). C'est pour cela qu'elle ne cesse jamais. La Prophétie (générale)42 lui appartient. En revanche, la Prophétie légiférante et la Mission prophétique ont un terme ; elles ont 

36. Littéralement : ce qui ne peut être réalisé en mode de goût par aucune créature. 

37. C'est-à-dire par le Goût et la Connaissance directe. 

38. Dans un hadîth prophétique, 

39. Fa-idhâ ou fa-lammâ ; la variante fa-mâ (tant que) convient moins dans ce contexte. 

40. Al-isti'dâd alladhî tathibu-hu. Nâbulusî indique la variante li-lladht : il n'y a pas chez toi de prédisposition pour ce que tu recherches. 

41. Cor.,20,50. "Création" signifie ici "prédisposition"-

42. Al-inbâ' al-'âmm est ici un équivalent de al-nubmvzoat al-'âmm.


pris fin avec Muhammad - qu'Allah répande sur lui Sa Grâce unitive et Sa Paix ! - car il n'y aura plus de prophète après lui, je veux dire : établissant une Loi sacrée ou exerçant sa fonction au sein d'une Loi déjà proclamée43, ni d'envoyé qui soit législateur44 . 

Ce hadîth porte un coup terrible45 aux saints d'Allah, car il implique la fin du "goût initiatique" de la servitude parfaite et complète, de sorte qu'on ne peut lui46 appliquer cette qualification spécifique. En effet, le serviteur aspire à n'être associé à son Seigneur - qui est Allah- en aucun de Ses Noms ; et Allah ne S'est nommé ni "prophète" ni "envoyé". (En revanche) Il S'est nommé "walî"47, et S'est qualifié par ce Nom en disant : Allah est le walîde ceux qui croient48 ainsi que Allah est le Walt, le Louange49. Ce Nom demeure inchangé pour les serviteurs d'Allah en ce monde et dans l'autre, de sorte qu'il ne subsiste aucun nom qui soit propre au serviteur exclusivement dès lors que la Prophétie et la Mission prophétique ont pris fin. 

Toutefois, Allah S'est montré bienveillant à l'égard de Ses serviteurs en laissant subsister pour eux la Prophétie générale qui ne comporte aucun pouvoir législatif, en leur autorisant la jurisprudence pour une fixation des statuts légaux, et en maintenant pour eux l'"héritage législatif" suivant la parole : "Les Savants sont les héritiers des prophètes". En effet, le seul héritage qui subsiste est l'effort jurisprudentiel en matière de statuts légaux, qui est une source de droit. 

43. Comme les prophètes d'Israël qui "confirmaient" la Loi de Moïse ou qui étaient appelés à la modifier comme 'Isa. 

44. Wa huwa al-mushri'. On peut comprendre aussi : alors que c'est lui (Muhammad) 

le Législateur. 

45. Littéralement : "brise le dos". 

46. Afîfî et Nâbulusî lisent 'alay-hi, et il s'agit alors du saint ; Jandî, Qâchânî et Bâlî lisent 'alay-hâ, et il s'agit, en ce cas, de la servitude. 

47. S'agissant d'Allah, ce Nom signifie non pas le "Très-Saint" (notion qui est rendue plutôt par le Nom al-Quddûs) mais le "Patron", le "Protecteur", en l'occurrence de ceux qui croient" ; d'où l'impossibilité de le traduire dans le présent contexte. On pourrait s'étonner du fait que le Cheikh al-Akbar ne cite pas Cor.,42,9 qui se rapporte pourtant de manière beaucoup plus évidente au contenu de ce chapitre: Allah est Lui le Walt, et Lui vivifie les morts, et Lui est Puissant sur toute chose. L'explication est qu'il convient sans doute d'envisager les deux versets cités ici en mode d'ishâra : Allah est "le Saint" (de sorte que celui qui voit le saint voit Allah) et le saint est "le protecteur de ceux qui croient". 

48. Cor.,2,257. 

49. Cor.,42,28.



8. Si tu vois un prophète50 tenir un langage étranger à la fonction législative, c'est qu'il s'exprime en tant que saint et51 Connaissant. Pour cette raison, (on peut dire que) sa Station en tant que Savant (par Allah) est plus complète et plus parfaite que celle qu'il possède en tant qu'envoyé et législateur porteur d'une Loi sacrée52. Si tu entends quelqu'un d'entre les Gens d'Allah affirmer - ou que l'on rapporte de lui cette parole - : "la Sainteté est plus élevée que la Prophétie", il ne veut rien dire d'autre que cela53. S'il affirme que le saint est supérieur au prophète et à l'envoyé, il veut dire par là : dans une même personne ; dans le sens que l'envoyé - sur lui la Paix ! - est plus parfait en tant que saint qu'il ne l'est en tant que prophète-envoyé, non dans le sens que le saint qui le suit est plus élevé que lui. Celui qui suit ne peut jamais atteindre celui qu'il suit dans le domaine où il le suit, sinon il ne le suivrait pas ; comprends donc ! 

Là où retournent l'envoyé et le prophète légiférant54, c'est à la Sainteté et à la science. Ne vois-tu pas qu'Allah le Très-Haut lui55 a ordonné de rechercher un accroissement de science, et non d'autre chose, en lui donnant ce commandement: et dis : mon Seigneur fais-moi croître en science56 . 

La raison en est, comme tu le sais, que la Loi sacrée astreint à accomplir certains actes et interdit d'en accomplir d'autres qui concernent (uniquement) ce monde : (c'est pourquoi) ils 


50. Littéralement : le Prophète ; mais Ibn Arabî se place ici à un point de vue plus général. 

51. La conjonction est absente de certains manuscrits. 

52. Ce qui est en contradiction apparente avec l'enseignement traditionnel selon lequel l'envoyé est supérieur au saint. 

53. Littéralement : d'autre que ce que nous avons mentionné. 

54. Sous-entendu : lorsque leur mission est terminée. 

55. C'est-à-dire à Son Envoyé - sur lui la Grâce et la Paix ! 

56. Cor.,20,114.


prennent fin57. Il n'en va pas de même pour la Sainteté58 car, si elle avait pris fin, elle aurait pris fin en tant que telle, comme c'est le cas pour la Mission prophétique, et son nom n'aurait pas subsisté59 ; alors qu'ai-Walî est un Nom qui demeure attribué à Allah le Très-Haut et qui peut être attribué à Ses serviteurs au moyen de la qualification (par les Noms divins), de la réalisation métaphysique et de la servitude60. 

9. Sa parole à 'Uzayr : "Si tu ne cesses pas..." de questionner au sujet de la nature de l'assignation existentielle, "...J'effacerai ton nom du Registre de la Prophétie" (signifie) "de sorte que le Commandement (divin) te parviendra en mode de dévoilement théophanique et que les appellations de prophète et d'envoyé ne te seront plus applicables" ; en effet, Il a maintenu pour lui61 sa sainteté. 

Néanmoins, le contexte indique que ce discours (divin) impliquait une menace. Celui qui établit un rapprochement entre la nature de la demande62 et ce discours, et conclut qu'il s'agit d'un discours de menace portant sur la cessation de certains degrés de la Sainteté propres à ce monde - la Prophétie et la Mission prophétique pouvant être considérées comme un degré particulier d'entre ceux que comporte la Sainteté -, sait par là-même que le saint (qui réalise ce degré) est plus élevé que celui qui n'est investi, ni de la Prophétie légiférante, ni de la Mission prophétique. En revanche, celui qui considère un autre aspect63, lui aussi64 inclus dans le degré de la Prophétie, sera convaincu que ce discours contient une promesse plutôt qu'une menace car, le prophète étant un saint privilégié, sa demande -sur lui la Paix ! - avait (nécessairement) été agréée. 


57. Sous-entendu : au moment de la mort du serviteur assujetti. Bâlî comprend hiya munqati'atun dans le sens que c'est la risâla (mission de l'envoyé) qui prend fin. 

58. Car celle-ci n'est pas liée à l'accomplissement ou au non-accomplissement d'actes déterminés. 

59. Sous-entendu : en tant que Nom divin. 

60. Takhalluqan wa tahaqquqan zva ta'allaqan. 

61. Pour 'Uzayr ou pour le prophète privé de sa fonction législative. 

62. Hâla ; littéralement : ce contexte (vu sous un certain aspect). 

63. Littéralement : un autre (aspect du) contexte (plus élevé que le premier). 

64. C'est-à-dire : tout comme le précédent, puisque, dans les deux cas, la particularité de la demande découle du fait qu'elle est faite par un prophète.


Ce (second) point de vue souligne qu'il est impossible qu'un prophète, en tant qu'il possède ce degré d'élection au sein de la Sainteté, se risque à faire ce qu'il sait qu'Allah réprouve, ou (à demander) ce dont il sait que l'obtention n'est pas possible. Celui qui considère ces (différents) aspects et s'en pénètre interprétera la parole : "J'effacerai ton nom du Registre de la Prophétie" comme une promesse et une Notification divine65 indiquant l'élévation du degré qui subsiste66 pour les prophètes et les envoyés dans la vie future, qui est un lieu de séjour ne comportant de Loi sacrée pour personne d'entre les créatures d'Allah, ni dans le Paradis, ni en Enfer ; du moins après que les hommes seront entrés dans ces deux Demeures. 

10. Nous énonçons cette restriction - l'entrée (effective) dans les deux Demeures que sont le Paradis et l'Enfer - à cause de ce qui sera légalement prescrit le Jour de la Résurrection aux gens ayant vécu en des temps dépourvus d'inspiration traditionnelle67 ainsi qu'aux petits enfants et aux simples d'esprit. 

(Tous) ceux-là seront rassemblés en un lieu unique afin d'être soumis (eux aussi) à la justice (divine) : la punition des péchés (pour ceux qui sont destinés à l'Enfer) et la récompense des oeuvres pour ceux qui iront au Paradis. Lorsqu'ils auront été rassemblés ainsi68 et séparés du reste des hommes, un prophète sera suscité parmi les meilleurs d'entre eux69; il70 leur amènera l'apparence d'un feu71et leur dira : "Je suis l'Envoyé 

65. Khabar. 

66. Littéralement : du degré qui subsiste et qui est le degré qui subsiste pour les prophètes, etc. 

67. Ashàb al-fatarât. C'est-à-dire des temps (ou des lieux) où l'Inspiration divine n'est plus suffisante pour maintenir la Religion pure dans son intégralité au moyen des formes traditionnelles existantes. La proclamation de l'Islam est justifiée par l'existence d'une telle situation durant la période qui a précédé la manifestation du Prophète - sur lui la Grâce et la Paix ! 

68. Littéralement : en un lieu unique. 

69. On peut comprendre, soit "d'entre les hommes", soit "d'entre les prophètes". 

70. Littéralement : le Prophète envoyé en ce jour. 

71. Au Jour de la Résurrection, les êtres ne seront plus soumis aux conditions de l'existence corporelle telles que nous les connaissons ; c'est pourquoi il s'agira d'une "apparence" (et plus précisément, selon Jâmî, d'une lumière sous l'apparence d'un feu).


de Dieu vers vous". Certains d'entre eux auront foi en lui tandis que d'autres l'accuseront de mensonge. Il leur dira alors : "Jetez-vous vous-mêmes dans ce feu ! Celui qui m'obéira sera sauvé et entrera dans le Paradis ; celui qui me désobéira et s'opposera à mon ordre ira à sa perte et fera partie des Gens du Feu." Ceux d'entre eux qui se conformeront à son ordre et se jetteront eux-mêmes dans ce feu seront bienheureux, recevront la récompense de leur œuvre et trouveront ce feu froid et paisible72 ; ceux qui lui désobéiront encoureront le châtiment, entreront dans le Feu et y demeureront du fait de leur opposition. 

C'est ainsi qu'Allah réalisera la justice parmi Ses serviteurs. 

De même, la Parole du Très-Haut : le Jour où "la jambe sera découverte"73..., ce qui est un des événements terribles de la vie future ...et où on leur demandera de se prosterner : c'est là une astreinte et une prescription légale. Certains en seront capables, d'autres non. C'est de ces derniers qu'Allah a dit : ...on leur demandera de se prosterner et ils en seront incapables ; de la même façon qu'en ce monde certains serviteurs sont incapables d'obéir à l'Ordre d'Allah, comme Abu Jahl et d'autres. Telle est la mesure de ce qui demeurera de la Loi sacrée dans la vie future, au Jour de la Résurrection, avant l'entrée dans le Paradis et dans l'Enfer ; et la raison de la restriction que nous avons énoncée. 

Et louange à Allah ! 


72. Cor.,22,69. Allusion à un miracle opéré en faveur d'ïbrâhîm, précipité dans un feu par son peuple idolâtre. Rappelons que c'est aussi le Patriarche qui est dit avoir, dans les Limbes, "la tutelle des enfants en bas âge". Cf. M. Vâlsan, L'Islam et la fonction de René Guenon, p. 131. 

73. Cor.,6S,42. Arabisme utilisé pour indiquer la violence périlleuse d'une situation, par exemple la guerre.


Ibn Arabi - Le Livre Des Chatons Des Sagesses T1

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